Axes de recherche du GBV-RP
Découvrez nos six axes d'études pluridisciplinaires consacrés à l'analyse et à la prévention des VBG au Cameroun.
Comprendre, nommer et agir face aux féminicides
Les féminicides constituent la forme la plus brutale et la plus extrême de la violence à l'égard des femmes et des filles au Cameroun comme partout ailleurs au monde. Toutefois, on ne dispose pas encore de données probantes pouvant permettre d’élaborer des politiques, des stratégies efficaces de prévention et d’intervention face à ce problème sociétal au Cameroun. Cet axe a pour objectif de développer la recherche et les connaissances pour pallier à ces lacunes.
Sujets étudiés :
Perspective historique des féminicides (un phénomène social qui transcende les époques) ; sous-types de féminicide, leurs caractéristiques, similitudes et différences ; mécanismes de perpétration des féminicides ; logiques d’action, responsabilisation et prise en charge des auteurs de féminicides ; représentations sociales du féminicide ; réponses sociales (p. ex., médiatiques) et étatiques (p. ex., judiciaires) aux féminicides pouvant accroitre la vulnérabilité des victimes ; couverture médiatique des féminicides ; trajectoires des femmes et filles victimes de féminicide ou de tentative de féminicide ; les effets secondaires du féminicide ; traitement juridique et judiciaire des féminicides ; etc.
Violence entre partenaires intimes et détresse relationnelle
Cet axe vise à comprendre, prévenir et réduire la violence entre partenaires intimes (VPI) ainsi que la détresse relationnelle.
Sujets abordés (de manière non exhaustive) :
État des lieux sur la VPI ; facteurs de risque et de protection de la détresse relationnelle et de la VPI ; typologie de la VPI et les signes de la détresse relationnelle ; logiques d’action des auteurs de la VPI ; mécanismes de la VPI ; conséquences des violences subies ; responsabilisation et accompagnement des auteurs et auteures de la VPI ; trajectoire de la violence conjugale et de recherche d’aide des victimes; évaluation des programmes de prévention et d’intervention en matière de détresse relationnelle et de VPI ; l'analyse de VPI par le prisme du contrôle coercitif ; l’accès à la justice des victimes de VPI ; reprise du pouvoir des femmes sur leur sécurité en contexte de violence conjugale ; etc.
Violences faites aux enfants
La violence contre les enfants (VCE) est devenue une menace omniprésente et importante pour le bien-être et le développement des enfants au Cameroun. Trop d’enfants subissent des violences sexuelles et des maltraitances de toute sorte, souvent en silence. Pour de nombreux enfants, la violence fait partie de la routine, de leur réalité quotidienne. Cette violence est omniprésente et destructrice. Elle compromet le développement des enfants et menace leur survie.
Cependant, la compréhension nationale de l’ampleur et de la dynamique de la violence envers les enfants reste très limitée, ce qui entrave le développement de mesures efficaces de prévention et de réponse. Dans l'ensemble la recherche sur la violence envers les enfants est encore négligée. Ce manque d'attention entrave notre capacité collective à développer des interventions fondées sur des données probantes et adaptées pour prévenir et répondre à cette forme de violence dans divers contextes culturels et socio-économiques. Cet axe vise à produire des connaissances permettant de mieux connaitre et comprendre les violences vécues par les enfants ainsi que leurs conséquences, afin d’éclairer l’action publique et de nourrir les réflexions sur les réponses institutionnelles qui peuvent être apportées.
Sujets étudiés :
1- Identifier et appréhender les différentes formes de violences vécues par les enfants et les jeunes en explorant les pistes suivantes : les différentes formes de violences physiques, sexuelles, psychologiques ou morales et les négligences pouvant être vécues au sein de plusieurs espaces ( familial, personnel, public, social, scolaire, professionnel etc.) ; comprendre les causes (individuelles, familiales, sociales, institutionnelles, etc…), les contextes relationnels des violences, et les différentes circonstances dans lesquelles ces violences s’opèrent (temporalités, lieux, dynamiques de groupes/relations inter-individuelles, etc…). Une attention particulière pourrait être portée aux situations des enfants présentant des vulnérabilités multiples (enfants en situation de handicap, enfants de la rue, etc…) ; déterminer les profils des auteurs et leurs logiques d’action ; identifier les risques potentiels et les facteurs de protection qui influent directement sur la nature et la portée de la violence contre les enfants ; Analyser les expériences et les conséquences des violences à partir de regards croisés (auteurs, victimes, témoins) ; évaluer les connaissances et l'utilisation des services de protection de l'enfance (sociaux, juridiques et médicaux) disponibles pour les enfants qui subissent la violence au niveau local et au niveau national ; examiner les mesures législatives, administratives et institutionnelles de prévention et de protection ; etc.
La violence numérique fondée sur le genre
La violence numérique fondée sur le genre, encore appelée violence fondée sur genre facilitée par la technologie est devenue omniprésente dans la société camerounaise. En raison des caractéristiques de l’environnement numérique, sa capacité de nuire est renforcée, ce qui rend difficile l’identification de l’agresseur et l’agresseuse. Cette forme de violence utilise des outils technologiques - tels que les téléphones portables, les réseaux sociaux, les plateformes et Internet – et s’exerce par le biais d’actions directes ou indirectes contre des groupes vulnérables, tels que les femmes et les enfants.
Malgré le caractère omniprésent de la cyberviolence qui requiert une réponse rapide, il n’existe pas de données probantes susceptibles de permettre de comprendre, de nommer et d’agir face à ce phénomène. Pourtant les tristes réalités de la violence de genre dans les environnements numériques évoluent rapidement ; nous devons trouver comment lutter contre la victimisation et la perpétration et réagir en temps réel, tout en innovant pour la prévenir. Car, les citoyens et les citoyennes méritent de se sentir en sécurité et de pouvoir interagir pleinement dans les espaces en ligne, sans craindre de se faire cibler à cause de leurs identités. Cet axe a donc pour objectif de construire un espace de réflexion autour de la violence numérique de genre.
Questions explorées :
Quelles sont les formes de cyberviolence basée sur le genre, notamment la prévalence des différents types ? Quelles sont les facteurs de risque et de protection pour la victimisation et la perpétration de la cyberviolence fondée sur le genre ? Quelles sont les causes et les impacts de cette violence, en ligne et hors ligne, y compris les conséquences sanitaires, économiques et psychosociales directes et indirectes ? Quelles sont les liens entre la cyberviolence et la violence hors ligne ? Comment la cyberviolence basée sur le genre est-elle vécue par les victimes et comment touche-t-elle leur bien-être et leur santé mentale ? Quelles sont les dimensions sexospécifiques de la violence numérique fondée sur le genre ? Comment les différentes formes de cyberviolence fondée sur le genre ont un impact sur une palette de droits individuels et collectifs, notamment les droits de participer à des espaces civiques partagés, d’accéder à et d’utiliser les technologies de l’information et de la communication, la liberté d’expression, la vie privée, les droits à la dignité et à la sécurité, etc. ? Comment la cyberviolence fondée sur le genre impacte l’économie numérique et l’inclusion numérique des femmes et des filles dans toutes leurs diversités ? Quelles initiatives pour prévenir la cyberviolence fondée sur le genre et pour poursuivre les auteurs ? Comment les entreprises technologiques peuvent-elles contribuer à la prévention en concevant des technologies sûres ? Quel rôle et l’impact des politiques et de la législation dans la création de services centrés sur les survivants et les survivantes, et le rôle et les défis de la législation pour tenir les auteur·es responsables ? etc.
Réactions sociales et institutionnelles au dévoilement/signalement des VBG et le soutien social
Lors du dévoilement ou du signalement de la violence fondée sur le genre, les victimes subissent souvent un mélange de réactions positives et négatives de la part de leurs réseaux informels (amis, famille) et des systèmes de soutien formels (services sociaux, police, etc.). En outre, de nombreuses victimes de violences sont dévoilées publiquement sur les réseaux sociaux. Ces révélations suscitent des réactions sociales à la fois positives et négatives.
Ces réactions jouent un rôle crucial dans le processus de rétablissement des victimes, en favorisant la guérison ou en aggravant les conséquences à long terme. Aussi, la perception de la gravité des violences par différentes personnes (victimes, auteurs et auteures, population générale, etc…) et son lien avec les attitudes face à la violence est un autre facteur à prendre en compte dans la compréhension et la lutte contre les VBG.
Cet axe comprend quatre volets :
1) Perception de la gravité et attitudes à l’égard des violences sexistes ; 2) réactions sociales face à la divulgation des violences sexuelles en ligne ; 3) réactions des réseaux informels (ami.es, famille) et des systèmes de soutien formels (services sociaux, police, etc.) au dévoilement ou signalement de violences sexuelles ; 4) l’expérience de victimes et proches des victimes suite au dévoilement de la violence subie.
Culture du viol et mythes associés
Nous vivons dans un environnement social où la violence fondée sur le sexe est normalisée, excusée et banalisée par les attitudes sociétales, les médias et les pratiques institutionnelles : c’est la culture du viol. Elle se caractérise par l'objectification des femmes et des filles, la culpabilisation des victimes, la banalisation des crimes sexuels et la glorification de la violence sexiste dans la culture populaire. La culture du viol est néfaste pour tous et toutes. Elle signifie que les victimes de violences sexistes, quel que soit leur genre, ne sont pas prises au sérieux et elle dénigre les personnes en raison de leur sexualité.
Cet axe vise à analyser les mythes et la culture du viol au sein de la société camerounaise, en examinant le développement des identités sociales dans la création et le maintien de cette culture.
Sujets abordés :
1) Mythes associés aux violences fondées sur le sexe ; 2) comprendre le langage et les comportements normalisant la violence et le silence qui entoure les violences sexistes ; 3) manifestations de la culture de viol dans les sphères de la société : famille, médias, milieu de travail, école, système judiciaire, etc. 4) les racines historiques de la culture du viol ; 5) les fonctions de la culture de viol dans la société camerounaise ; 6) traitement juridique de la culture du viol ; 7) représentations sociales sur les violences sexistes ; 8) Conséquences de la culture du viol sur la manière dont la société et les services de justice perçoivent et prennent en charge les victimes de violence sexiste.